26 décembre: Retour à l'Afrique

25 décembre, 20h, confites de notre repas de Noël:

- Maman: AAAAAAARGHHHHHHHH!!
- Nous: Beh quoi?? t'arrête de paniquer, hein, on a encore tout demain pour se préparer.
- Maman: J'ai un doute affreux, quand dans la convocation, il y a écrit, Départ le 26 décembre à 00h10, convocation à l'aéroport à 22h10, c'est bien le 26 décembre à 22h10 hein?
- Nous : QUOIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII???!!!
- Maman: Nous parce que j'ai compté les jours, hein, si on part demain, il en manque un!!!!
- Nous : AAAAAAAAAAARGGGGGGGGHHHHHHHHH!!!

ET VOILA.

Voilà comment devenir la risée de toute la famille en 5 mn, parce que EVIDEMMENT qu'on est super organisées et tout à fait capables de partir SANS PAPA en Afrique, mais encore faut-il que l'agence de voyage ne nous tende pas des pièges!!!

Voilà comment partir pour une semaine de Treck au Mali avec une valise préparée en 15 mn, pas de chaussure, rien pour les petits enfants, pas de pansements pour les pieds, ET SURTOUT, SURTOUT, pas de petits encas pour la route!!

Mais nous sommes quand même arrivées à temps à l'aéroport de Marseille...

L'arrivée à Mopti est digne de toute arrivée en Afrique: De nuit, pas de lumière, 35 tonnes de bagages entremêlés et il faut retrouver le sien.

- Maman, elle est comment ta valise?
- Euh, che pas. je crois que c'est un sac noir.

En 7 lettres. Pas mieux. P A R F A I T .

Il y a 6 autres participants à notre aventure:
- Claude et Patrick, un couple de sportifs, genre qui se font le mont blanc le dimanche après midi pour garder la forme
- Vanessa et Sabastien, un petit couple d'étudiants
- Roseline, une routarde
- Patrice, dit Grand Sorcier, Kiné de son Etat et qui enseigne la médecine chinoise à ses heures.

Après un petit dej, nous entrons dans le vif du sujet directement, et arrivons à 9 heures au marché de Mopti. Ogodana Dolo (Ogo ça suffit) est notre guide, il est beau comme un Dogon dans son costume de Grand Stroumph.

Mopti







Le Marché de Mopti, c'est là où les Bozos vendent leur poisson. Les Bozos (Maîtres de l'eau)vivent en paix avec les Dogons, depuis le jour où, d'après la légende, un Bozo aurait donné un morceau de sa cuisse à un Dogon mourant de faim. N'empêche qu'à la base les Dogons trouvent les Bozos dégueus parce que pour eux, le poisson est un animal impur.

Vous allez dire: Nooooon, non non non hein, le poisson c'est le bien, même que c'est plein de phosphore, toussa, qu'il y a moins de gras que dans la viande, que ça rend intelligent, et que d'ailleurs, si on mangeait que du poisson, Bambi aurait encore sa mère et les vaches seraient bien gardées.

Beh c'est que vous avez jamais visité le marché de poisson de Mopti. Les Bozos mangent pas spécialement le poisson tout juste chassé par leur cousin corse et placé aussitôt dans le four à pizza pour grillage. Non. D'abord, il le font bien bien faisander afin d'obtenir un parfum de nioc mam pourri de toute première catégorie, et un goût à caractère hautement qui provoque la nausée itou. C'est ainsi que le poisson se dubdivise en plusieurs catégorie: la petite friture qui crognotte sévère, les gros poissons noircis par la fumée et le soleil qui dépotent leur race, et la bouillie gluante qui coulent qui parfument encore la basket gauche de ma soeur 43 ans plus tard.

La traversée du marché est donc un peu pénible sur le plan olfactif (nooooon, on ne se moquera plus jamais de l'odeur des massais qui vivent dans des maisons en bouse de vache). Mais elle permet la rencontre avec un forgeron vêtu de bleu très appliqué, qui nous propose gentiment de nous faire une barette avec un long clou.

Sur le chemin du retour, Ogo nous offre de délicieuses Goyaves.

Un de ses amis, qui a un petit restaurant à l'ombre d'un ficus géant impressionnant, nous apprend des rudiments de la langue Bambara, qui est la langue la plus parlée au Mali.

Djenné, le marché






Après Mopti, nous embarquons dans le minibus orange pour Djenné.

Sur la route, nous faisons connaissance. C'est là que Grand Sorcier nous fait part de ses pouvoirs médicinaux. On se disait bien que ça sentait le suppositoire dans ce camion: c'est qu'il trimballe un sac entier de "remèdes" à base d'essences de plantes, dont il fera distribution tout au long du voyage.

A Djenné, nous arrivons dans une charmante petite auberge, avec ô joie, une BAIGNOIRE: Maman est tellement contente de la voir qu'elle se jette dessus, dérape, se mange le carrelage et se fait le bleu le plus monumental de toute l'histoire du Far West.

Nous partons pour le marché où nous sommes rattrapés par les effluves Bozos. Ce marché là est très animé et on ne peut pas marcher tellement la foule est dense.

Nous nous arrêtons sur un banc, en face d'une fontaine, et observons une jeune fille qui tire de l'eau au puits. Elle a une force titanesque. Elle se penche vers le puits et prends une position très caractéristique, cambrée, gracieuse, et les hommes sont hypnotisés par ses fesses. Elle tire sur la vessie d'eau pleine avec une énergie incroyable, puis soulève son sceau de 30 litres à bout de bras et le place sur sa tête.

Grand Sorcier et Patrick nous regardent avec une moue désabusée. Les blancs ont complètement raté l'éducation de leurs femmes.

Nous rentrons par l'autre rive et admirons la ville de Djenné le long du fleuve. Elle paraît belle et prospère. On dirait les bords du Nil.

La mosquée





L'attraction principale de Djenné, c'est bien sûr sa mosquée en terre. Elle a plus de 100 ans et doit être restaurée après chaque saison des pluies. En tant que non mususlmans, nous ne pouvons pas y entrer, mais elle est déjà très impressionnante vu de l'exptérieur. Il y a une salle de prière réservée aux femmes. Elle est immense. A côté la mosquée de Paris c'est du pipi sansonnette de chat.

27 décembre: Départ de Djenné





Djenné est beaucoup plus calme ce matin.
En partant, nous nous arrêtons pour acheter des pastèques, et devant l'école française, il y a un petit garçon avec un cahier à la main. Claude lui demande son cahier qu'il montre avec timidité: il a plutôt de bonnes notes. Il veut faire médecin. Il a l'air très sage.
Il ne peut quand même pas s'empêcher d'éclater de rire quand Claude se recule et que les enfants s'aperçoivent qu'elle a un fuseau rose fluo... Ce pantalon intrigueront les enfants tout le voyage; ils se demandent si elle a pris un bon coup de soleil, ou si c'est une nouvelle race rose de gens... Elle a beau clamer qu'elle est maîtresse en France, avec un pantalon pareil, même pas rêve ils la croient... Nous avons la mauvaise idée de sortir une poignée de stylos de notre sac et c'est lémeute; nous déguerpissons à toute allure. Ogo nous a un peu grondées.
Puis nous quittons Djenné et reprenons le bac, où une très belle femme accepte de se faire prendre en photo. Une autre fait la lessive, dans cette position si caractéristique, penchée en avant, les fesses en l'air.

Petit marché






On the road again. Ogo nous fait faire un détour par un petit marché, entre Djenné et Sevaré. Nous sommes acceillis par une petite fille très jolie et habillée comme une poupée. Les enfants nous donnent les mains pour traverser le marché. Nous achetons de bons fruits, mais pas de viande, qui pourtant a l'air très fraîche et est parfois en train de griller en quartier sur de petits barbecues. Il y a aussi une machine rudimentaire à piler le mil. Le marché est très coloré, et beaucoup d'hommes portent le chapeau Dogon, qui ressemble à un chapeau colonial, mais peint en rouge.
Après le marché, nous nous arrêtons sous les manguiers pour pique-niquer. Des femmes à bébés nous vendent des papayes et des mangues. Nous mangeons un peu de saucisson de Perpignan dont Ogo est particulièrement friand.
La vie est douce.

Kani Kombole












Nous arrivons à Bandiagara et traversons en bus des paysages arides, aux terres rouges, entrecoupés de champs d'oignons très vert qui sentent la terre humide. Les femmes y travaillent, les fesses en l'air comme à leur habitude. Les enfants nous font un peu de peine car ils ont presque tous le ventre gonflé, et une hernie ombilicale dont la taille est impressionnante.

Puis nous voyons le premier village Dogon, Kani Kombole, qui est sur le plateau. Un groupe d'enfants nous vole dessus et nous tiens la main pendant que nous visitons le village.

Ogo nous montre la maison des menstrues, qui est réservée aux femmes qui ont leurs règles: elles y passent 5 jours sans sortir. Et là vous allez me dire, c'est anti-féministe à mort, mais quand même, moi je trouve que rapport à l'humeur de certaines dans ces moments-là, c'est plutôt une idée qu'elle est bonne pour la paix des ménages.

Sebastien manque de perdre sa virilité en passant dans un endroit interdit. Aussi, les Dogons ne sont pas super clairs: ils ont écrit en rouge sur une pierre "INTERDIT AUX FEMMES", du coup, Sebastien ne s'est pas senti super concerné. Le pauvre homme maintient qu'il est passé au bon endroit, mais Ogo secoue la tête et fait une moue peu encourageante: il vaudrait mieux faire un ou deux sacrifices pour sauver ses coucounes de la malédiction.

Ogo pose en sage devant un baobab géant, il nous explique l'importance de cet arbre dans le culte Dogon.

Nous avons du mal à échapper à la poigne des enfants. Seul un bébé, arnaché au dos de sa soeur, n'est pas fâché de nous voir partir: il hurle à chaque fois que l'un de nous l'approche.

Descente à travers la faille





Marre de ce bus. Tout le monde est d'accord pour continuer à pied: pour rejoindre notre prochaine étape, il y a 1 heure de marche et d'escalade en descendant par une faille. Nous croisons des femmes qui portent le traditionnel panier Dogon, qui est rond au dessus et carré en dessous. Grand sorcier se fait crier dessus par certaines d'entre elles qui se sont aperçues qu'il les avait prises en photo sans permission. Il est obligé de les draguer pour se faire pardonner. Alors elles rougissent et regardent leur pieds en ricanant niaisement. Les femmes sont toutes les mêmes...
Puis la pente se fait plus raide. Maman est à 4 pattes, crise de vertige... Tout ça pour pouvoir tenir les mains viriles des mâles qui composent l'assemblée: Ca marche, elle récolte d'abord celle d'Ogo puis celle de Patrick. Les hommes sont tous les mêmes...
Nous arrivons dans un village minuscule, et qui pourtant a une mosquée, reproduction de celle de Djenné, mais taille playmobils.
La nuit tombée, Ogo éclaire son visage à la bougie, prend un air mystique, et nous raconte les légendes Dogons.
Les Dogons ont fui à Bandiagara pour échapper à l'islamisation galopante au Mali.
Les falaises, à leur arrivée, étaient habitées par les Tellems ("Ceux qu'on a trouvé là", en Dogon), peuple qui avait de très grands pouvoirs magiques. Ce sont eux qui ont creusé les grottes et batti les niches dans les falaises. Lorsque les Dogons les ont utilisé par la suite pour cacher leurs réserves, et y loger leurs morts, ils ont dû utiliser des systèmes ingénieux de cordes et de poulies. Mais les Tellems, eux, n'avaient qu'à frapper de leur bâton magique une des Jarres ou des briques qu'ils voulaient faire monter, et celle-ci obéïssait, suivie de toutes les autres.
On dit que les blancs qui vivent ici ne plaisantent pas du tout avec les Tellems. Et que même ceux qui sont sceptiques en arrivant, finissent par croirent au pouvoirs surnaturels de ce peuple.
Des survivants des Tellems, nous raconte Ogo, ont encore prouvé ces pouvoirs il y a peu de temps: Des téméraires ont voulu tenter d'ériger une construction sur un territoire interdit et propriété des Tellems. Pour protéger leur chantier, ils ont envoyé des infortunés policiers: les policiers ont dû s'enfuir, poursuivis par les briques, qui roulaient toutes seules loin du territoire sacré.
Ogo nous avoue qu'il n'a jamais été le témoin de la magie Tellem. Mais il y croit dur comme fer, et semble très vexé lorsque notre bande de mécréants laisse échapper un rire étouffé.
Nous allons nous coucher, à la belle étoile, sur le toit de l'auberge, la tête pleine de magie, et aussi un peu gênées, car nous venons de nous rendre compte que l'endroit tranquille où nous sommes allées pour faire pipi, était en fait l'endroit ou s'assoient les femmes dans la journée pour piler le mil...

28 décembre: le cri de l'âne






On se réveille, enfin non, plutôt on se réveille pas, vu qu'on a pas dormi de la nuit, après 8 heures de chants, performed par le bêtail (c'est mignon les bèlement des agneaux), les ânes (AU SECOURS LE CRI QUE CA FAIT CES BÊTES), puis l'appel à la prière de la mosquée avoisinante (à 4h45, je sais pas qui croit en Dieu à cette heure là hein).
On part visiter le petit village. Il est blotti à flanc de falaise, et semble abandonné.
On traverse également un autre village (Ende), qui lui est plus animé, Direction Teli.

Teli




L'après midi, après une sieste crapuleuse de par son intensité, (Vanessa a dû égorger une touriste ou deux pour ça, mais on nous a attribué de jolies chambres, fraîches et confortables), et que Ogo ait troqué son costume blanc de grand schtroumph pour un costume brun de vieux sage (Claude l'a vu faire sa lessive en faisant beaucoup mousser l'étoffe; tiens, le costume est étendu et il n'y a pas de slip je vous signale...) nous visitons Teli, un autre joli petit village niché dans la falaise.


29 décembre: Abandon


Une auberge 8 étoiles pour le mali, avec trou pas trop moucheux dans le jardin, chambres avec seau d'eau intégré, apéritif au saucisson, vin de Saint Tropez, et couscous maison par Daniel.
C'était trop pour ma soeur, tout ce luxe, ça lui a killer l'estomac. Ce matin, elle a la couleur du slip de ma mère. Vert camouflage. Dilemme cornellien: faire la bonne mère et/ou la bonne soeur, et attendre avec elle qu'on trouve une solution pour la transporter jusqu'à la prochaine étape? Oui, mais, ça sera plus dur de trouver un moyen de transport pour 3 que pour une hein. Allez, salut Candice hein, bonne journée!!
Oui, je sais c'est mal. Mais après, on a culpabilisé quand on ne la voyait jamais passer sur la route, promis ma soeur.
Quant à elle, on lui a d'abord promis une moto. Mais la moto, en Afrique, c'est pas un truc qu'on tourne la clé dedans et que ça démarre voyez vous. Non non non, faut négocier avec la moto. Bonjour, Madame la moto, comment ça va? la famille ça va? les enfants ça va? l'argent ça va? et la santé, ça va la santé? Ah, visiblement la santé c'est pas terrible hein.
Très bien Mam'zelle, z'avez le choix entre: attendre de voir si on arrive à tirer quelque chose de la moto (ce qui va pas être tout de suite vu qu'on vient de la noyer 8 fois en négociant) ou partir en char à boeuf climatisé (on l'a réglé à 45°), vitesse de course (2km/h), et intérieur alcantara.
Résultat, après une heure de Char à boeuf, et une heure de moto, ma soeur est finalement arrivée saine et sauve, pour une journée en totale solitude à Gemini, thème: poisson pourri et mouches insistantes. Autant dire que le soir en nous apercevant elle a quasiment roulé une galloche à Ogo de reconnaissance.
Quant à nous, nous avons longé la falaise, aperçu une belle dent rocheuse, soufflé sous les baobabs, et commencé l'ascenscion de la faille jusqu'au village où l'on célébrait l'ouverture d'une école. Tous les enfants et femmes dogons courent et nous dépassent alors qu'ils sont chargés de denrées. Je règle mon pas sur celui d'un vieillard qui est chaussé de vieilles espadrilles mais porte religieusement à la main des chaussures "bateau" d'un blanc éclatant, qu'il réserve certainement pour la fête. Il examine les cultures d'oignons qui nous acceuillent à l'ombre d'arbres géants, presque au sommet, comme pour souhaiter la bienvenue dans ce village du plateau.

Fête des masques




































































En arrivant en haut, le sepctable est si grandiose que je ne ferais pas de commentaire: de toute façon, on ne peut plus parler, Maman et moi, submergées par le numineux.
Le masque qui est haut est celui de la maison à étage. C'et le plus difficile à porter car le danseur doit se baisser en avant et que le masque qui est très lourd repose de tout son poids sur son cou.
Les masques cruciformes sont les masques Kanaga, qui symbolisent la terre et le ciel reliés par l'homme au centre.
Le brigand, qu'on reconnaît grâce à sa canne, est là pour effrayer les petits enfants qui n'ont pas le droit d'assister à la fête (mais se cachent dans les arbres pour y assister quand même).
Les masques échasses symbolisent l'oiseau au bord du Niger.
Il y a aussi le masque Lièvre, animal considéré comme très rusé.

Les chasseurs












































































Après être allé contempler le village, composé de trois hameaux, les animistes, les musulmans, et les chrétiens, Ogo nous introduit auprès des chasseurs. Il faut leur donner des noix de cola, et leur promettre d'envoyer le résultat par la poste si on veut prendre des photos.
Mais une fois qu'on a négocié, ils posent et sont fiers comme des bar tabac de la rue de Suresnes (le bar tabac de la rue de Suresnes est très célèbre dans le 8ème).

Le village, le devin











































































Le village est très coloré.
Les façades des maisons des chasseurs sont couvertes de trophées, Babouins et chats (mais euh, des très très méchants chats hein).
Ogo nous emmène voir un devin qui tire les caurys à Vanessa et Sébastien, puis à Patrice et Rose. Les premiers doivent sacrifier 2 coqs et 2 noix de cola, et Rose, 4 galettes de mil.
Puis nous redescendons à travers une faille un peu vertigineuse, pour retouver notre grande malade, laissée à l'abandon à Guimini, au milieu d'un marché.
Nous marchons jusqu'à une dune. Un bon repas et nos tentes montées nous attendent. Ah, non, Rien n'est prêt comme d'habitude... Heureusement Patrck est trop balaise au montage de tentes.

30 décembre: In the desert

Mmmmmmmmmmmm, très agréable nuit dans la tempête de sable!! on a bien dormi, au moins 1/4 d'heure. Et pendant ce quart d'heure, maman a rêvé qu'elle poignardait quelqu'un avec une dague africaine. Gn??
Sur la route, nous nous arrêtons dans une petite ferme. Le Père de famille a une crise de palu. C'est triste car il n'ont aucun médicament. Nous lui donnons de l'advil, mais c'est bien peu.
Le paysage est très sableux. ça croustille sous la dent, et tous ceux que nous croisons nous demandent du collyre.
Claude est en très grande forme: nous doublons 3 groupes!!!
Nous arrivons à un petit musée, une pièce remplie d'objets qui sont des imitations d'art bambara ou dognon. L'antiquaire blanc est visiblement déjà passé par là, et.. n'a pas laissé grand chose.
Dans le village, il y a des pompes à eau toute neuves offertes par le japon. Des femmes trient la laitue et les oignons autour. Un petit chevreau appelle sa mère en pleurant et nous sommes bien contentes quand il finit par la retrouver. Mère indigne.

Baobabs





Avons bien mangé, avons bien bu (Igname et patates douces à la tomate, toblerone, pamplemousse qui fizz, buuurp), tentons de trouver un gros baobab pour faire pipi.

On en aperçoit un très appétissant mais... il est occupé: un paysan est en train de l'éplucher comme une banane! En fait, ils enlèvent l'écorce des baobabs tous les 3 ans, pour en faire des cordes...
Puis nous suivons le chemin jusqu'à notre prochaine étape, tantôt bordé de champs d'oignons cachés par des palissades (avec des yeux espiègles derrières), tantôt des grandes étendues de cultures en jachère.
Claude tient le rythme, on a fait 12 km en 2 heures. C'EST MOU TOUT CA!! OUI CHEF!!
Heureusement, tartine de pâte à tartiner en arrivant à Amani. Imitation nutella, mais ils ont mis des cacahuètes à la place des noisettes. C'est super diététique. Avec ma soeur, on pensait rentrer trop belles, minces et bronzées, c'est pile poil trop bien ce qu'on voulait: on est des grosses larves graisseuses et brûlées (un peu gluant, mais appétissant...).
Le soir, Ogo, nous parle du pouvoir magique des tellems. A Sangha, il connait de grands sorciers. Je tente un: "tu peux faire tomber les gens amoureux??" BINGO!!! il a ça en magasin, et il nous promet de nous faire partager ce pouvoir quand on passera à Sangha !! Mais Chhhhhhhhhhhht!! Faut pas le dire!!

31 décembre: Ireli et faille de banani



















Mangées toutes crues par des bêtes sauvages non identifiées (des genres moustiques, hein, pas lion, sinon je trouverais ça beaucoup moins drôle). Ma soeur est un véritable gruyère!!
Mais même pas mal, n'écoutant que notre courage et Claude qui veut pas flinguer sa moyenne, nous repartons.
Nous passons ) un étang qui semble tranquille, mais... qui est infesté de crocos!! D'après Ogo, il y en a plus de 200; ils savent reconnaître les habitants d'Amani et ne les croquent jamais, mais pour nous, gare à nos fesses...
Nous arrivons ensuite à Ireli, l'un des villages où les grottes troglodytes sont les plus remarquables. Le vertige rien que de les regarder de loin. Claude s'arrête pour soigner une petite fille qui s'est écorché la jambe en tombant, mais la compresse est rouge de terre avant même d'être posée... Sur l'un des bâtiments, il y a des peintures très colorées qui représentent tous les masques. Comme d'hab, attention de ne pas dépasser la ligne si on veut conserver tous nos abattis en état de fonctionnement.
Puis, et après un arrêt restaurant ("un sac vide ne tient pas debout", dit le guide au groupe de Belges attablés à côté de nous) avec concombres en salade, poulet en sauce et l'inévitable cours de Grand Sorcier sur la toxicité du chocolat, la nécessité de bouffer des graines pour mieux cicatriser toussa, nous montons vers Sangha en passant par une faille. Comme les vaches ne peuvent pas suivre, nos sacs sont empaquetés dans les matelas et ce sont des porteurs qui les montent. L'un deux doit peser 25 kg tout mouillé... Nous les trouvons très courageux, surtout qu'ils montent plus vite que Maman et moi, au grand désespoir de Patrick qui, pour que ça aille plus vite, voudrais porter notre eau, nos sacs à dos, nos pull, voire nos pantalons.

Marché de Sangha et fête du nouvel an



A Sangha, Bonne surprise: au lieu du Bivouac, on peut prendre une chambre dans l'hôtel de la femme de Dogon de Sangha Mission. La chambre est propre, et elle sent la lavande et la citronnelle.

Ogo nous emmène au marché où nous voulons acheter des robes d'apparat pour la fête du nouvel an. Le marché est rempli de foule, et d'odeurs d'oignons, crus, en boulettes, en beignets, en plats cuisinés... Nous choisissons de belles étoffes. Nous ne croyons pas trop le couturier quand il nous dit que les robes seront prêtes ce soir, donc dans 3 heures. Surtout qu'il mesure le tour de poitrine de ma soeur à 110, et le consigne avec le tour de taille de Rose. Quant à moi, il prends juste la hauteur. Je dois être une taille standart.

Nous passons ensuite chez Ogo, et faisons connaissance avec toute sa famille. Il a 6 enfants, dont 4 fils, de 1 à 18 ans. Les deux derniers sont issus d'un deuxième mariage. Sa femme est ravissante dans une bobe très raffinée, le col de sa robe est en forme de pétales de marguerites.
Il y a une vingtaine d'enfants chez lui, et il nous explique que tous les enfants du village aiment traîner ici, et qu'il a aussi à charge les enfants de ses deux frères décédés.

Je me retrouve un enfant pendu à chaque bras, qui vont me suivre jusqu'à l'hôtel. En Afrique on passe son temps à enlever des enfants sans s'en rendre compte. En France je serais déjà en taule.
Le soir, au lieu de rentrer chez lui en famille, Ogo trouve des danseurs pour le nouvel an.
Il joue du tam tam comme un chef. Il saute partout. Nous, on souffle comme des grosses vaches après seulement une danse, une ronde où il faut faire "comme celui de devant". J'ai vite fait d'anéantir "celui de devant" en lui ratatinant les pieds de par ma grâce légendaire, et comme ça au moins, je peux aller m'asseoir avec une bonne bière.
Les robes sont livrées au milieu de la fête. Elles sont prévues pour résister en cas de grossesse gémellaire. Ma soeur refuse de la porter rapport à son image de marque. Faudrait quand même pas qu'on croit qu'elle a des grosses fesses. C'est vrai qu'elle a un petit côté "hippopotame de fantasia" habillée comme ça.

1er janvier 2006: Visite de la maison du Ogon






















































Dernier jour.

Avant de regagner Mopti, Ogo nous emmène voir la maison du Ogon. Le Ogon est le chef du village. A Sangha, il y en a deux: le Ogon du bas, et le Ogon du haut; le plus vieux des deux, et donc le plus sage, dirige le village. C'est comme l'administration, ça marche à l'ancienneté.

Le Ogon est sur le seuil de sa maison. La façade en terre est composée de dizaines de petites alcôves, pour stocker les potions, les médicaments et les slips du Ogon (ah? non, on m'indique dans mon oreillette que le Ogon va cul-nu). Il faut faire attention de ne pas pénétrer son jardin et de ne pas faire tomber les pierres de la clôture. Chez les dogons, faire tomber une pierre est passible d'une amende très chère. En plus, ça tombe mal, les amendes se paient en chèvre et on a pas pensé à retirer des chèvres au distrib du coin.

Le Ogon nous adresse ses voeux pour la nouvelle année, la réussite dans tous les domaines et la santé. Patrick lui récite une expression provençale: "Pour l'année qui vient, si l'on est pas plus, qu'on soit pas moins". Le Ogon trouve les provençaux très sages, on sent déjà qu'il va la ressortir à son prochain discours celle-là.

Puis nous montons vers la maison du haut. Celle-ci est vide car le dernier occupant est mort il y a peu de temps, et qu'il y a toute une procédure pour choisir et introniser le nouveau.

Et là, la sagesse provençale frappe une seconde fois, en la voix innocente de Vanessa (qui rappelons-le, s'apprète à soutenir une thèse d'économie et à enseigner à des centaines d'étudiants) qui demande: "Mais euh, y'a pas moyeng de la louer en attendang? Passeuque y'eng a qui ong pas de logemeng c'est dommage heing".

Il est temps de partir, annonce Ogo, à la suite de cette brillante déclaration.

Nous embarquons donc, direction Mopti. C'est un vrai Rodéo. Maman et moi nous faisons encore remarquer par notre incroyable pied marin (mais c'est moi qui fait le sale boulot et demande à Ogo un arrêt pizza). Heureusement, Grand Sorcier nous badigeonne d'huile essentielle de menthe, et on peut repartir, chacune sa banquette, en raison de notre rang social élevé et du risque de débordement vomital.

Nous croisons des paysages irréels, comme à l'allée, où les champs d'oignons, verts phosphorescents, tranchent avec la terre rose.

Promenade en Pinasse






La Pinasse, comme son nom ne l'indique pas, n'est ni une grosse pigne de pin, ni un pinard peu raffiné. C'est une pirogue élaborée, immatriculée et tout, avec un fier pavillon qui flotte au vent, un petit moteur, et même des toilettes (ah, voilà pourquoi il n'y a pas de toielttes dans les hôtels, il n'en ont plus, il les ont mis sur les pirogues).
Après un merveilleux déjeuner dans un pittoreque restaurant de mopti, et là vous imaginez, une petite auberge recouverte de glycine, peut-être avec une fontaine qui coule au fond du jardin, un bon repas, et un thé local? Non. En fait c'est le restoroute du coin, style ils avaient pas besoin de racheter de la bouffe, il en restait un peu d'accrochée sur le rebord de l'évier, après donc un merveilleux déjeuner disais-je avant de me couper moi-même avec un évident manque de savoir-vivre (copiright Pierre Desprosges), nous nous sommes donc présentés à Mopti, pour embarquement immédiat à bord le la pinasse.
C'était doux. La petite brise sur le fleuve, l'ombre du toit, les coussins, de quoi étendre ses pieds, les bananes fournies par Patrick et les petits beurres par Vanessa. La petite brise qui amène les effluves marines. Tient, elles crognotteraient pas un peu ces effluves? C'est des effluves qui sont pas d'aujourd'hui celle-là hein: Ah, mais tout s'explique, nous faisons une escale dans un village Bozo.
Nous sommes en pleine saison de pêche. Les poissons sont étalés sur la plage, fumés ou simplement séchés au soleil. Les enfants portent de bol de bouillie poissonneuse. Quand ils aperçoivent Claude, leur radar à détection d'instit et de pantalon rose fluorescent se met en marche, et ils courent vers elle en riant. Il font bien attention de s'essuyer consciencieusement les mains sur son gilet blanc pour ne pas lui salir les mains en l'aggripant. Nous marchons toutes les trois les mains enfoncées dans les poches jusqu'au coude en prenant l'air de rien. L'un des enfants essaie d'attraper le bras de maman qui sursaute et bondit en arrière... Je crois qu'on est repérées. Mais comme les chaussures de ma soeur sont déjà parfumées, on voudrais éviter le retour dans l'avion parfum "Bozo en Décembre".
Nous traversons la plage et nous rendons compte que nous sommes sur une île, entre le fleuve Niger et le fleuve Bani, qui est l'un de ses affluents. Un genre d'Ile Saint-Louis quoi. Sans les glaces Berthillon toutefois.
Les Bozos se partagent la berge avec les Peuls, immortalisés par Ousmane Sow. Il ne pêchent pas mais sont éleveurs. Le parfum "Bozo de Décembre" se transforme en "Bouse hivernale". Ce n'est pas pour nous déplaire.
Nous regagnons la pinasse en rentrons vers Mopti. Nous laissons beaucoup d'espace à Claude au retour. L'avantage, c'est que maintenant elle peut chasser sans être repérée par ses proies.
Sur le retour, on doit laisser la priorité à un troupeau de vaches qui traversent la rivière à la nage.
Elles sont sagement à la queue leu leu, on voit seulement leur tête avec leurs cornes recourbées dépasser de l'eau.




Cours de magie



Ogo, il a des potes sorcier, faut pas le chercher hein.

Nous attendons sa visite dans notre chambre avec fébrilité. Il finit par arriver, égal à lui-même. Ce type est la zenitude incarnée. Il doivent avoir de la magie qui a les mêmes agents actifs que le xanax, c'est pas possible.

Nous ne savons pas si nous devons y croire ou pas. Et il ouvre sa malette. Sa malette de sorcier. Elle est pleine de petits sachets de poudres multicolores, parfum "Bozo après la pluie".

Nous n'osons pas tout de suite rentrer dans le vif du sujet. Maman demande en tremblant: Euh, tu en as pour les serpent? Regard noir de ma soeur qui s'en bat l'oeil comme de sa première Chantal Thomas, des serpents. Mais Ogo, ça le détend un peu de parler des serpents. Alors il nous donne de la poudre à serpent. Il voudrait nous en donner plusieurs différentes, mais comme on a pas de serpent de chez nous, ça serait bête quand même.

Puis il enchaîne sur la poudre pour les voleurs (Ma soeur lève les teux au ciel style, bon c'est bon chu une femme d'affaires, j'ai réunion, alors grouille tes couiiiiiilles). Il suffira de brûler cette poudre au mileu du salon, par terre (comment ça, ça va niquer le parquet, vous êtes d'un terre à terre mes pauvres), et plus jamais un seul cambrioleur ne viendra ici (tiens, ça me rappelle la formule de Buffy pour empêcher les vampires de rentrer dans sa maison quand ils ne sont pas invités).

Et là Ogo marque une pause. Il nous lance un regard intense: "Et ça, c'est... LA poudre...."OH MON DIEU OH MON DIEU OH MON DIEU ELLE EST LA. Ma soeur a le sang qui bout. il ouvre le petit sachet, et goûte la poudre rousse du bout des doigts:

"Tu vois, je la goûte pour te montrer que ce n'est pas du poison, tu peux le donner sans crainte à ton homme. Il faut lui en mettre 3 pincées dans on thé ou son plat, puis dire trois fois son nom et la façon dont tu l'aimes et dont tu veux qu'il t'aime."

Ma soeur dépose le petit sachet dans une boite de pellicules. Visiblement, elle n'aurait pas pensé à vérifier s'il s'agissait de poison ou pas...

Ogo est reparti, en nous laisant notre trésor à partager.

Il y en a qui vont bouffer du Bozo dans pas longtemps, ça va pas traîner.